Sing Sing : l’émotion en prison
Aller au cinéma pour la Saint-Valentin est souvent une bonne idée. Après, tout dépend du film. En choisissant Sing Sing – qui n’est pas une comédie musicale – c’était finalement une idée géniale. Ce n’est pas un film d’amour mais ça s’y rapproche.
L’histoire : Divine G (Colman Domingo) est dans une prison de New York, affirmant son innocence et se préparant pour sa prochaine audience de libération conditionnelle. En attendant, il trouve du réconfort dans le cadre du programme de réhabilitation par les arts (RTA), dans lequel les détenus peuvent écrire et jouer dans des pièces de théâtre.
Bien que le metteur en scène de théâtre Brent (Paul Raci) dirige le groupe, les membres vétérans de la distribution considèrent Divine G comme leur meilleur acteur et leur porte-parole officieux. Il suggère de recruter de nouveaux interprètes pour leur prochaine production, en particulier le charismatique mais intimidant Divine Eye (Clarence « Divine Eye » Maclin).
Sans surprise, le film – réalisé par Greg Kwedar et écrit par Clint Bentley – offre un regard sans fard sur la vie en prison. Alors que Brent et sa troupe commencent à développer leur prochaine production, Sing Sing se concentre sur le rapport tendu entre Divine G et Divine Eye, qui rejette d’abord les tentatives de l’homme plus âgé de le prendre sous son aile.
Divine Eye finit par se connecter à son côté créatif mais, malgré cela, il n’apprécie pas les conseils d’acteur de Divine G. Ce dernier semble être un homme qui a toujours été dévoué à l’art mais avec un égo et égocentrisme bien présents et un besoin de montrer ses talents d’interprète face à l’admiration de ses pairs.
Divine Eye, avec une hostilité tout en retenue, ne remet pas seulement en question sa position sur scène, mais aussi dans la cour de la prison, refusant d’accepter la routine du grand frère bienveillant de Divine G. Une bienveillance sans doute un peu condescendante.
Ce que je ne savais pas en allant voir le film, c’est que c’est une histoire vraie jouée par d’anciens prisonniers et anciens membres du RTA. Ils jouent des versions fictives d’eux-mêmes, et l’authenticité naturelle qu’ils apportent à leurs rôles contribue grandement à suggérer la vulnérabilité et la douleur de leurs personnages.
Le film a été tourné dans un établissement correctionnel de haute sécurité désaffecté de New York. Kwedar et Bentley se spécialisent dans les histoires qui obligent les cinéastes à s’intégrer dans un milieu particulier. Ce dernier projet a vu le duo rencontrer Maclin et le vrai Divine G, également connu sous le nom de John Whitfield, pour construire un récit autour du fonctionnement interne du programme RTA.
Maclin est une révélation, apportant une intensité nerveuse à son rôle, le personnage menaçant à tout moment d’exploser dans la violence.
Mais il y a aussi des profondeurs hantées dans Divine Eye, que Maclin fait remonter à la surface. Comme le programme RTA lui-même, Sing Sing soutient que les détenus ne doivent pas perdre leur humanité derrière les barreaux, et le film réussit le mieux lorsqu’il montre ces artistes amateurs accéder à des émotions difficiles – la honte, la colère, la culpabilité et le chagrin – les uns devant les autres tout en répétant leurs rôles.
La pièce originale qu’ils préparent, écrite par Brent à partir des idées disparates des prisonniers, ne semble pas être un chef-d’œuvre, mais cela n’a pas d’importance. La possibilité pour ces hommes soi-disant endurcis d’accéder à leur moi plus doux et vulnérable est tout l’intérêt.
Les trajectoires individuelles de Divine G et Divine Eye – l’un incarcéré à tort, l’autre récidiviste – sont touchantes. Kwedar ne nie jamais les dures réalités du système pénitentiaire mais, en préférant un ton finalement plein d’espoir, il finit par être victime de certains des tropes du drame carcéral que son film réfléchi avait, jusqu’à présent, largement évités. Mais ce n’est pas si grave, on a envie de rire et de pleurer et tant pis pour les sentiments un peu niais.
Pour en savoir plus sur Divine G.
John “Divine G” Whitfield a grandi dans le quartier de Brooklyn à New York dans les années 60. Il admire tellement Bruce Lee qu’il en est venu à réaliser, avec son ami, des films de karaté en 8 mm. À l’adolescence, John joue au théâtre, fait de la danse acrobatique et chante. Voulant devenir acteur, il rejoint alors le lycée des arts du spectacle.
Mais le 25 mai 1988, il est arrêté pour un homicide qu’il n’a pas commis. Pendant son séjour à la prison de Sing Sing, il trouve un autre but grâce au programme de réadaptation par les arts (RTA). Comme le montre « Sing Sing », John a pris la responsabilité de diriger le programme avec son meilleur ami Mike Mike et le scénariste/réalisateur Brent Buell, le seul membre non incarcéré du groupe.
Parmi les membres du groupe : Clarence « Divine Eye » Maclin. Ce qui les reliait tous les deux était leur connaissance et leur passion pour la littérature et le théâtre. Avec le soutien de ses codétenus, John a écrit plusieurs romans et pièces de théâtre pendant son séjour en prison. Il a été libéré depuis.
Sous la direction de Divine G, le programme RTA, créé en 1996, a prospéré et étendu sa portée à d’autres établissements pénitentiaires, créant un réseau de sections dans tout l’État de New York. La moyenne de récidive dans les prisons d’État est estimée à 60 %, mais pour les anciens participants au programme RTA, ces taux sont plus proches de 2 %.
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