Un fait divers

C’était inévitable qu’une fois la nouvelle révélée par les média, le monde entier deviendrait fasciné par la mort de Reeva Steenkamp. C’est notamment parce que l’homme qui a mis fin à sa vie est le célèbre athlète Oscar Pistorius. Une attraction cruciale de l’histoire est son extrême vulnérabilité à la spéculation. Ce fait divers offre une invitation irrésistible pour toutes sortes de gens à projeter ou agir sur leurs préjugés, à ventiler leurs critiques de la société et à donner vie à leurs théories passionnées sur le monde, tout en ne sachant rien.

Les média bien entendu n’en sont que plus heureux de produire et prolonger l’excitation; ce n’est pas tous les jours qu’une telle histoire arrive. « Bon sang, le pitch parfait ». Voici Oscar, né avec handicap terrible, surmontant tous les obstacles pour devenir un héros des Jeux Olympiques, athlète à haut niveau, et en plus il est beau et riche.
Et puis quelques mois plus tard le voilà dans une court de justice accusé d’avoir assassiné sa petite amie mannequin, belle et célèbre.

C’est l’histoire qui a tout: crime, difficultés de la vie, handicap, drame, argent, beauté, gloire, contexte politique et social, etc etc… Et les journalistes de prier et célébrer Mercure.

Cette frénésie médiatique sinistre éclaire les motivations et les processus de pensée des média/consommateurs beaucoup plus qu’elle n’éclaire la motivation du suspect qui est sous le feu des projecteurs.

Le fait que Steenkamp soit morte un jour symboliquement désigné comme « la plus grande action de masse mondiale pour mettre fin à la violence contre les filles et les femmes dans l’histoire de l’humanité » offre un puissant rappel que la méfiance contre les hommes existe. Conscientes de cela ou non, les nouvelles ont été présentées rapidement dans un contexte socio-culturel de préjugé. La jeune femme morte n’était pas seulement une fille glamour qui posait en maillot de bain – ce qui a aussi fait le bonheur immonde des tabloids – mais une jeune femme diplômée en droit, militant contre la violence domestique.

Pourtant, même s’il était légitime et compréhensible que l’accent soit mis sur ses capacités intellectuelles, le sous-texte est abject et ambigu. Les personnes les plus soucieuses de sauver Steenkamp de l’objectivation posthume ont par inadvertance légitimisé l’objectivation des femmes. « Elle n’était pas que la petite amie de… » C’est difficile hein? Devoir préciser qu’elle n’était pas une bimbo.
Reeva Steenkamp était simplement une jeune femme de 30 ans. Qu’elle soit la petite amie de, une tête bien faite ou pas, une jolie fille ou pas, n’a aucune importance.

C’est pourquoi l’objectivation est si pernicieuse. Valoriser les femmes uniquement ou principalement pour la façon dont elles sont perçues, jolies ou pas, implique le risque que certains aspects des femmes ne sont pas uniques et irremplaçables.