Prends les choses du bon côté

Des choses horribles arrivent aux personnes depuis de milliers d’années. Mais nous sommes apparemment aussi inaptes à dire la bonne chose, la chose exacte quand il le faut.
Un indicateur de la façon dont la pensée fonctionne, est la popularité des listes qui apparaissent régulièrement dans les magazines et sur les blogs : « 10 choses à ne pas dire à quelqu’un avec le cancer », « 10 choses à ne jamais, jamais dire à une personne souffrant de dépression », « 3 choses que vous ne devez pas dire à quelqu’un avec un bouton », «  10 choses à ne pas dire après l’amour », etc .

Je salue la personne qui ne partage pas mon dédain pour le positivisme et qui pour toute épreuve ne peut s’empêcher de dire, « prends la vie du bon côté« .

 

Personne ne peut mémoriser toutes les listes des « à dire » et « à ne pas dire » mais heureusement, il y a un principe très simple sur lequel s’appuyer.
Il s’agit d’une théorie développée par la psychologue Susan Silk, en s’appuyant sur son expérience de cancer du sein. Quand Silk a décliné la visite d’une collègue, plaidant l’épuisement, on lui a répondu « il n’y a pas que toi ». « Tu n’es pas la seule à avoir des problèmes » est une phrase qu’il n’est pas si rare d’entendre dans les moments difficiles, ce à quoi il faudrait bien entendu répondre: « on échange? », mais la douleur empêche souvent le tac au tac.

Donc Silk explique qu’il faudrait imaginer une série de cercles concentriques. La personne en crise est au centre. Ses plus proches amis et sa famille sont un anneau autour, les connaissances dans le cycle suivant, et ainsi de suite. La personne centrale « peut se plaindre, pleurnicher, gémir et maudire les cieux ». Pour tous les autres, la règle est: « réconforter ». Eux aussi peuvent se plaindre, mais seulement à des personnes plus loin du centre. « Si vous voulez crier ou pleurer, si vous voulez dire à quelqu’un combien vous êtes choqué et toutes les choses terribles qui vous sont arrivées ces derniers temps, c’est bien. C’est une réponse tout à fait normale. Seulement faites le avec quelqu’un qui est dans un anneau plus grand ».

ring-theory

 

J’aime bien cette théorie. Comme toutes les règles de vie, celle-ci semble évidente, mais elle est tout à fait subtile. Parce qu’elle accepte que nous puissions être impuissants face au malheur des autres, et affirme notre droit à vouloir se plaindre aussi – du moment que nous choisissons la bonne oreille. Il faudrait en faire un aide mémoire – pour les moments où l’on se trouve au centre mais aussi dans les autres zones – et puis le distribuer aussi autour de soi. (Vous vous souvenez du sketch de « L’Hôpital » de Pierre Palmade?)

Mais elle révèle aussi le dénominateur commun de tous ces commentaires inutiles voir même blessants. Au fond, ils sont motivés non pas par une envie de consoler la « victime », mais par le désir égoïste de rendre les choses moins gênantes pour le « consolateur »: rendre l’embarras de la douleur en quelque chose de plus facile à gérer.

N.B. Cet article n’est absolument pas destiné à mon cercle amical qui est formidable, chanceuse que je suis.