say you want a revolution

 

Suivre les actualités, lire les swissleaks, puis regarder son relevé de compte bancaire qui est fermement dans le rouge – couleur sang – et faire preuve de self-control. Ne pas marmonner « il faudrait une bonne révolution pour changer tout ça ».

Se résigner ou fomenter une révolte? Difficile de trouver une réponse dans la littérature. Un thème commun dans la plupart des livres lus est de démontrer que l’action révolutionnaire est vouée à l’échec et que les révolutionnaires se sont trompés, ou ont mal agi, ou les deux; au pire, ils sont des psychopathes et des criminels. Comme si l’idéalisme devenait entaché dès qu’il était traduit en action –  généralement erronée.

Je trouve ce scepticisme – et parfois le mépris de certains auteurs – envers tout mouvement pour le changement fascinant. En quoi le statu quo est-il si attrayant? Pour qui? L‘engagement plus complexe de Nadine Gordimer est beaucoup plus attrayant que, disons, la diabolisation de Dostoïevski de tout ce qui pourrait menacer l’hégémonie de l’église orthodoxe. Sans oublier combien les mots ont leur importance et les définitions peuvent être poreuses surtout quand elles concernent les «révolutionnaires» et «terroristes» . Les combattants de la liberté de l’Inde pour l’indépendance de la domination britannique, ou les membres du Congrès National Africain, étaient autrefois considérés comme des terroristes.

L’Histoire, comme ils disent, est écrite par les vainqueurs, (je rajouterai aussi par les hommes), mais l’Histoire a aussi de nombreux passages secondaires cachés qui seront un jour révélés dans d’autres ouvrages, plus tard. 

 

Ceci dit, je fais, avec mes petites connaissances, une liste subjective et non-exhaustive de seulement quatre livres et en respectant la parité homme-femme. N’hésitez pas à ajouter à ma liste vos suggestions!

Les Possédés (ou Les démons) de Fiodor Dostoïevski.

Pour faire bref, (merci Wiki), il raconte l’histoire de jeunes révolutionnaires voulant renverser l’ordre établi, et dont le chef, Piotr Stépanovitch Verkhovensky, souhaite que Nicolaï Vsévolodovitch Stavroguine, aristocrate fascinant toutes les personnes qu’il rencontre, prenne sa place à la tête du groupe.

Je ne peux pas décider si Piotr Stépanovitch Verkhovensky devrait être montré comme le véritable révolutionnaire dans cette dénonciation cinglante des idéalistes, des révolutions utopiques, alors que le révolutionnaire évident est son fils, Pyotr Stepanovich, qui mène la révolte dans une ville de province en Russie.

C’est un roman intensément politique, examinant cinq idéologies différentes et opposées, mais Dostoïevski réserve le poids de sa colère pour le nihilisme d’un nouveau genre. Alors que le scepticisme se prépare, le christianisme orthodoxe de Dostoïevski ne me touche pas quand il met les socialistes, les nihilistes, les fanatiques religieux et les autres, sous une même dénomination « les possédés ».

L’agent secret de Joseph Conrad

C’est l’histoire d’espions, terroristes, anarchistes et agents provocateurs d’une puissance étrangère non nommée à Londres au début du xxe siècle.

Il est un des meilleurs livres sur le terrorisme. Le mouvement anarchiste au cœur du livre est un mouvement révolutionnaire; Bakounine et Kropotkine étaient deux influences dans l’écriture du roman. Inspiré par la mort d’un anarchiste français, peut-être en route pour bombarder l’observatoire de Greenwich, en 1894, le roman se centre sur l’agent secret et anarchiste, Adolf Verloc, employé par une ambassade fantôme pour faire un acte terroriste afin de donner à la Grande Bretagne un excuse pour sévir contre les groupes révolutionnaires. Cela vous semble familier?

Le roman pose des questions profondes sur la moralité du terrorisme, et comment les idéaux révolutionnaires et l’idéalisme sont toujours compromis, et ce dès le début.

Fille de Burger de Nadine Gordimer

C’est le roman hommage à Bram Fischer, l’avocat de la défense dans le procès pour trahison de Nelson Mandela. La fille de Burger est le roman politique la plus immersif de Gordimer, nous promenant dans le le mouvement anti-apartheid des années 70. Rosa est la fille de militants blancs afrikaners anti-apartheid (et membres du Parti Communiste Sud-Africain), qui meurent tous deux en prison. Rosa a été élevé avec Baasie, un garçon noir que les Burgers avaient adopté.Des années plus tard, tout en vivant dans une sorte d’exil à Londres, elle retrouve Baasie, réunion qui marquera son retour en Afrique du Sud et lui permettra de parler de l’implication des travailleurs anti-apartheid blancs dans la lutte des noirs pour la liberté.

Le livre sortira en Poche en Avril 2015.

La terroriste de Doris Lessing

Ce n’est pas le meilleur livre de Lessing mais il a le mérite de parler des aspirations révolutionnaires des classes moyennes tout en montrant beaucoup de mépris pour ces mêmes aspirations. Mépris pour l’ineptie désespérée et l’immaturité des classes moyennes en étant (ou en voulant devenir) des révolutionnaires efficaces. Le roman suit la trajectoire d’Alice qui devient une « bonne terroriste » presque par hasard. Elle dérive dans et hors des communautés gauchistes jusqu’à ce qu’elle rejoigne un squat des camarades de l’Union du Centre Communiste.

Là Alice devient l’intendante-gouvernante, cuisinant, faisant le ménage, essayant de faire des ruines une maison, tandis que les hommes prévoient le bombardement d’un hôtel à Knightsbridge. L’action, bien sûr, tourne mal. Lessing fait la satire des poses révolutionnaires assumées par des personnes riches vivant dans des sociétés riches tout en posant une question :« Pourquoi tant de mouvements ultragauche des années soixante et soixante-dix se tournent vers le terrorisme? »