Baby reindeer : envoyé depuis mon iPhone…

Written by murielle

Jamais les mots « envoyé depuis mon iPhone » n’ont été aussi effrayants. Baby Reindeer est une adaptation perso de Richard Gadd, qui raconte son horrible expérience de harcèlement par Martha, une femme d’âge moyen. Des messages, incessants, parfois de manière cohérente, parfois pas, tous les soirs et toute la nuit. Ces e-mails se terminent par « envoyé depuis mon iPhone ». Jamais ces mots n’ont été aussi effrayants. Elle le suit aussi dans la rue, attend dans l’abribus en face de chez lui, va à ses stand up, etc.

Dans la série, l’alter ego de Gadd, Donny Dunn, se rend compte que Martha n’a pas d’iPhone. Au début, Baby Reindeer se détend dans de petits cas comme celui-ci. Mais à mesure que le comportement de Martha devient plus obsessionnel et celui de Donny plus autodestructeur, les deux se retrouvent enfermés dans une terrible spirale. Il s’agit d’horreur et de dégoût de soi qui sont implacables.

Et c’est une histoire vraie. Gadd a créé Baby Reindeer en marge du Fringe Festival d’Édimbourg en 2019, une pièce d’une heure, réduisant l’histoire à ses éléments essentiels poignants. Martha n’existait que sous la forme d’un tabouret de bar vide et Gadd utilisait les mails et les enregistrements des messages qu’elle avait laissés à lui et ses proches. De quoi plaindre les spectateurs qui pensaient voir Gadd en tant que comique.

Dans la version Netflix Martha est rendue réelle, avec une performance à couper le souffle de Jessica Gunning, qui parvient à tout transmettre, de la pitié au chagrin en passant par la méchanceté vicieuse et violente, souvent avec un ajustement à peine perceptible de son expression. Le rôle est difficile et elle est incroyable.

« Baby Reindeer » commence alors que Donny entre dans un commissariat de police à Londres. Éreinté et épuisé, il explique qu’une femme instable le traque depuis des mois. Malheureusement le policier n’a pas de véritable solution à lui proposer. Alors que l’histoire revient en arrière depuis six mois, on apprend que Donny n’a pas tout à fait dit la vérité sur la situation.

Donny est un comédien qui galère, désespéré de réussir avec une comédie surréaliste basée sur des accessoires souvent à côté de la plaque. Il travaille dans un pub le jour et passe ses nuits à s’isoler dans sa chambre, chez la mère de son ex-petite amie Keeley (Shalom Brune-Franklin).

Une journée apparemment ordinaire, une femme d’âge moyen entre dans le bar. Voyant qu’elle est au bord des larmes, Donny lui propose une tasse de thé. Lorsqu’elle explique qu’elle n’en a pas les moyens, il lui en offre un, changeant ainsi son humeur. Tout aussi rapidement, Martha commence à parler ad nauseam de son travail d’avocat tout en faisant des compliments à Donny. Donny l’écoute, entre pitié, empathie et gentillesse. Il sait aussi que ses histoires ne tiennent debout mais il est flatté par l’attention qu’elle lui porte.

C’est la première d’une longue série de mauvaises décisions qui le conduisent dans un monde de souffrance. Même si la question de la vulnérabilité est délicate et à plusieurs niveaux.

Martha s’avère être une harceleuse en série qui est, comme la police le lui dira plus tard, un cas sérieux. Une fois qu’elle se concentre sur l’homme qu’elle surnomme son « bébé renne », elle se fraye un chemin dans tous les recoins de sa vie.

Le reste je vous encourage à le découvrir par vous-même.

Ce n’est pas une comédie. Il y a des moments vraiment sombres, voire choquants mais tout ceci est fait avec une honnêteté et une sincérité qui désarment. C’est le récit, vulnérable et brut, d’abus variés et de la manière dont ils peuvent résonner dans toutes les facettes de la vie de quelqu’un.

En 7 épisodes, Gadd illustre comment l’obsession de Martha pour Donny devient pour lui à la fois une nuisance et une fascination morbide. Sombre et brillant, « Baby Reindeer » dévoile soigneusement les fragilités de l’émotion humaine et de la maladie mentale. On en apprend davantage sur Donny et sur les complexités et les événements qui ont façonné son humanité.

C’est une histoire parfaite sur la façon dont la guérison n’est pas linéaire et comment fuir un traumatisme amène parfois à trouver du réconfort aux mauvais endroits.

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