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Nos vies d’avant – Past lives

Par où commencer ? Nos vies d’avant faisait partie de ma liste de films à voir par une chaude nuit d’été. Quand il fait trop chaud et que je n’arrive pas à dormir (chaleur et cerveau hyperactif sont difficiles à combiner), je mets un film.

J’écoute depuis un bon moment, le podcast formidable de Brett Goldstein Films to be buried with. Des passionnés de cinéma répondent à une liste de questions pré-établies par Goldstein (de Ted Lasso) : le premier film vu, le plus sexy, celui qui fait le plus peur, celui qui a le plus marqué, le pire, le plus drôle, etc. Les questions sont intelligentes, les réponses pertinentes, intelligentes, amusantes ou surprenantes. C’est un podcast passionnant.

Et moi je prends note, ajoutant ainsi des films coréo-canadiens à ma liste de films à voir. Nos vies d’avant est donc un premier film coréo-canadien de Celine Song. Son film a été comparé à ceux de Richard Liklater, Greta Gerwig et Noah Baumbach, par quelque chose de sophistiqué et simple en même temps dans la cinématographie, direct et même un peu sirupeux.

Un homme et une femme coréens se regardentL’histoire : À 12 ans, Nora et Hae Sung sont amis d’enfance, amoureux platoniques. Les circonstances les séparent. À 20 ans, le hasard les reconnecte, pour un temps. À 30 ans, ils se retrouvent, adultes, confrontés à ce qu’ils auraient pu être, et à ce qu’ils pourraient devenir.

C’est une histoire d’amour perdu et de béguin d’enfance, de routes non empruntées, de vies non menées, de regrets. Et c’est un film qui parle de l’expérience des migrants et de la façon dont cela crée des réalités alternatives tout au long de la vie dans l’esprit : le moi qui aurait pu rester dans l’ancien pays, versus celui qui est parti à l’étranger pour un nouvel avenir. En cela, cela ressemble à la comédie multivers Everything Everywhere All at Once.

Il y a plusieurs histoires dans Nos vies d’avant. Déjà rien que le titre est formidable parce que c’est tellement ça. Toutes ces vies que les personnages ont vécu. Cette enfance, puis le départ dans un autre pays avec une nouvelle vie, une nouvelle langue, une nouvelle culture. Et la vision d’une vie alternative. Les « si ». La compréhension que la vie passée est bien passée.

Trois adultes dans un bar new-yorkais : deux sont coréens, un est blanc américain. Une voix narrative, représentant peut-être celle du public ou du cinéaste, spécule sur leur identité. Les flashbacks fournissent la réponse : le premier nous emmène à la fin des années 1990 ou au début des années 2000 à Séoul, où une fillette de 12 ans, Na-young (Seung Ah-moon), rentre chez elle à pied après l’école avec un garçon du même âge, Hae-sung (Seung Min-yim). Ils sont amoureux, même s’ils sont en compétition pour être premier de la classe. Hae-sung est persuadé qu’ils sont censés être ensemble, et son cœur est brisé lorsque Na-young annonce avec désinvolture en classe (pas même directement) que sa famille émigre en Amérique du Nord.

Puis on les voit dans leur vingtaine. Na-young (Greta Lee) a anglicisé son nom en Nora et est maintenant une romancière à New York. Hae-sung (Teo Yoo) accomplit péniblement son service militaire à Séoul et étudie l’ingénierie. Les deux se connectent via Facebook puis Skype et leurs conversation sont touchantes. L’écran est inondé de leur bonheur et une seule question se pose : devraient-ils être ensemble ? Ou est-ce illusoire ? Est-ce qu’ils romancent tous les deux la pureté de leur amitié d’enfance ?

Des années plus tard, Hae-sung, après une relation lamentablement ratée, arrive enfin à New York et rencontre Na-young et son mari, Arthur (John Magaro), un romancier prometteur.

Le brillant changement de code de Lee entre son identité coréenne avec Hae-sung et son identité américaine avec Arthur est captivant, tout comme le questionnement méfiant et douloureux de Magaro, alors qu’Arthur soupçonne qu’elle est profondément amoureuse de leur visiteur coréen. Et en tant qu’écrivains, Arthur et Na-young peuvent voir à quel point Hae-sung, bien qu’il soit une souris de province par rapport à eux, est en réalité incomparablement plus convaincant et magnifique : un héros romantique beau, digne, modeste, au cœur brisé qui a tout sacrifié dans sa vie pour ce véritable amour lointain.

Les silences, la gêne, les mots maladroits, les codes différents, les regards… tout est tellement vrai, tellement subtil.

Na-young/Nora parle du concept coréen de « in-yun » : la providence, le destin mais aussi le rapprochement karmique de personnes qui se sont aimées dans des vies antérieures. Ce merveilleux film en suggère une nouvelle version : les vies passées de Na-young et Hae-sung sont leurs enfances, préservées et exaltées dans leur mémoire et par les communications modernes.

J’ai envie de tout vous raconter et je me retiens avec peine tant Nos vies d’avant est d’une beauté et d’une douceur dramatique…Regardez-le !

 

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