Réflexion légère sur le moment présent…

cinq livres et une chanson…

C’est la nouvelle année, les cartes de voeux, les e-mails reçus toute cette semaine me le confirment. Un nouveau départ semble tout à coup possible. Et ce fantasme de repartir de zéro – de rencontrer de nouvelles personnes, de changer d’endroit et pourquoi pas de vie. Une vie comme une vieille voiture de caractère, abimée, un peu cabossée, avec la peinture délavée, la carrosserie rayée et les fenêtres qui bloquent. Et l’envie d’en changer même si elle roule encore.

Le fantasme de recommencer est universel. Les mots les plus puissants dans le lexique des publicitaires sont « Nouveau! » et « Amélioré! ». On parle de détox, de purification, de régime comme si tout cela pouvait régénérer nos organes, os et muscles.

Je me demande si on peut aussi régénérer sa vie, ses amours et ses emmerdes. Est-ce qu’on peut vraiment leur donner un nouveau départ? Ou est-ce que tout est seulement une inflexion sur un modèle existant depuis longtemps? Je ne sais pas.

Une relation amicale ou amoureuse est un processus lent et progressif, généralement à deux étapes: un pas en avant et un pas en arrière. Nous sommes des créatures d’habitude complexes, parfois réticentes au changement et parfois promptes aux coups de coeur/tête. Et de vouloir tout concilier, sans faire trop d’erreurs, en vain.

Dennis Potter disait qu’il avait toujours attendu le grand changement de sa vie et que rien n’était venu. Et pourtant sa vie fut riche en évènements. J’ai parfois cette même impression. Parce que toutes les modifications vécues ne viennent pas uniquement de résolutions mais aussi par le martèlement des circonstances. Que ma vie est un mélange bizarre de flexion de la volonté et de hasards.

En réalité, il n’y a que le moment présent, et la seule question est de négocier ce moment-là – est-ce que la négociation est le mot juste? Peut-être vivre le moment, c’est mieux. Non je ne citerai pas le fameux « carpe diem », trop usité, devenu vide de sens. Ne pas regarder par dessus son épaule, cesser de vouloir échapper au passé et cesser aussi d’être impatiente, ne pas rêver de l’avenir. Vivre, tout simplement.

Auprès de moi toujours de Kazuo Ishiguro. Parce que la vie est fragile, parce que c’est une magnifique histoire d’amour, d’amitié et d’acceptation.

La ballade de l’impossible d’Haruki Murakami. Parce qu’il faut parfois faire face à la souffrance, au deuil et à la folie pour comprendre et mieux aimer.

L’insoutenable légèreté de l’être de Milan Kundera. Parce qu’il y a des choix irréversibles et qu’il ne faut rien regretter.

Into the wild de John Krakauer. Parce que vraiment, parfois on a envie de tout quitter, comme ça.

Guerre et paix de Tolstoï. Parce que la volonté humaine ne suffit pas.