Réflexion légère sur l’écriture… et un livre

écrit par murielle

Je lis parfois sur wordpress les « prompt » qui donnent aux blogueurs/wannabe écrivains des pistes d’écriture et des idées pour écrire plus et mieux. Il y a quelque jours le prompt était d’écrire sur quelqu’un de son entourage à la 1ere personne. Et d’inclure le maximum de détails physiques, psychologiques, etc.

Se mettre dans la peau de quelqu’un que l’on connait, ça me plaît. Il suffit d’un peu d’empathie et le sens de l’observation. Mais après avoir passé en revue plein de personnes, je n’ose pas citer les noms, je n’ai pas réussi l’exercice. Je n’ai pas su le faire malgré la matière.

Écrire en s’inspirant des autres, de leur vie, de leur pensées ou de soi-même, apporter quelque chose de personnel dans une histoire fictionnelle est facile. Ecrire en étant quelqu’un d’autre qui existe, en disant « je », c’est prendre le risque d’être subjective, maladroite et peut-être injuste. Parce qu’écrire en étant un autre c’est aussi écrire sur ce qui ne va pas. Sur les travers que l’autre souhaite cacher et qui se dévoilent malgré soi. Écrire en étant un autre, c’est laisser libre cours au coté plus obscur.

Bien entendu quand je parle d’écrire une histoire, je parle aussi de publier/mettre en ligne, donc d’être lue par l’autre. Avec l’envie d’ajouter à chaque article: Ce texte est une œuvre de pure fiction. Par conséquent, toute ressemblance avec des situations réel-les ou avec des personnes existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite…

La seule fois où j’ai réussi un exercice similaire fut avec mon ami Ben, blogueur lui aussi et ce fut à sa demande. Il voulait se voir à travers les yeux de quelqu’un d’autre et d’une femme. J’ai aimé l’exercice parce que demandé et consenti par la « victime ».

Ecrire sur soi ou son expérience devient aussi beaucoup plus difficile. Ne pas être totalement anonyme, connaître quelques uns de ses lecteurs/trices, avoir ses proches comme lecteurs est devenu une gêne. Parce que je m’auto-censure encore plus, que je ne dis pas tout ce que je pense ou fais, ou parce que parler de soi c’est aussi parler de ceux qui traversent ou partagent un pan de ma vie. Et de savoir qu’ils se demandent parfois si c’est bien d’eux dont je parle.

Je me souviens avoir demandé à l’une d’entre vous (la blogueuse se reconnaitra peut-être) suite à un de ses articles si la personne dont elle parlait connaissait l’existence de son blog. La réponse : non!

Alors ? comment on fait? comment faites-vous?

Et un livre:

L’Art de la Fiction de David Lodge

Pour comprendre le processus littéraire, pour démonter la mécanique romanesque et devenir plus intelligent.

l art de la fiction

 

Comments: 32

  1. Personnellement, je n’aime pas écrire sur ma propre vie, du moins pas en général cependant des expériences des autres de la facon que je la percois permet je pense a mieux me situer sur mes valeurs, mes convictions sans toute fois dénigrer les faits et gestes .. car notre perspective n’est pas forcément celle de l’autre

  2. J’ai beaucoup aimé ce livre de David Lodge. C’est un bon pédagogue, plein d’humour. Quand à écrire sur moi, c’est la sphère du privé. En revanche je peux raconter des histoires qui mes ont arrivées.

    • David Lodge est mon fantasme de prof. J’aurais voulu un prof de littérature comme lui. J’aime tout chez cet homme. Son humour, sa façon d’expliquer et de vulgariser sans trop simplifier. Et La Chute du British Museum et Nouvelles du Paradis sont des bijoux d’humour, sur le ridicule et le questionnement de soi.

  3. Laurent says:

    Tu meurs d’envie de parler de moi c’est ça? :-) Vas-y fais toi plaisir!

    • mdrrrrrrrrrrrrr non :-) ne t’inquiète toi pas .. c’est comme les poèmes que j’ai écrit ce fut souvent des évènements vécu par d,autres souvent triste qui m’inspire le plus

  4. Il y a une possibilité du « décoinçage » du « je », après la lecture de RIEN NE S’OPPOSE A LA NUIT de Delphine de Vigan. Quand elle écrit sur sa famille, et donc sur elle, à la 1ère personne ; où elle confie ses doutes, et les craintes que son travail inspire. Tout son livre est traversé par le doute que le lecteur trouve sa place, ou ait droit à cette place un peu « impudique ». D’empruntée tout d’abord, puis brutale, l’oeuvre devient ensuite un bouleversant cheminement vers la puissance de l’écriture, nécessaire pour comprendre, suffisante pour partager…
    Mais je suis sûr que tu l’as déjà lu, Murielle avec deux ailes
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    • eh bien non Ramuntxo. Je ne l’ai pas lu. Il me fait très peur ce livre. Mais je vais me lancer: je viens de le réserver sur le catalogue de la médiathèque.
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  5. Laurent says:

    Plus sérieusement. Je pense sincèrement que tu peux écrire sur tout, même des choses personnelles. S’auto-censurer c’est bien à petites doses, mais à trop s’auto-censurer on n’est plus soi-même. Ne t’oublie pas parce que tu ne veux blesser personne. Pense à ton article sur la colère :-) Tu as plein d’histoires en toi, raconte les. Pour les plus personelles ou celles qui impliquent d’autres personnages, dis leur mais n’attend pas leur permission. Ils ne sont pas obligés de te lire après tout!

    • Mais à trop s’auto-censurer on n’est plus soi-même > touché!
      C’est ce que je ressens un peu en ce moment.

  6. Pierre says:

    Je vais moi aussi être sérieux. Je lis depuis un bon moment ton blog, j’aime la variété des sujets, la fiction mélangée aux billets d’humeurs, la musique, les films et j’en passe. Tes nouvelles me touchent parce que je sais qu’il y a certainement dans chaque, quelque chose de personnel, je ne sais pas si c’est sur toi ou sur quelqu’un de proche mais il y a une touche réaliste. Ecrire sur soi sans en faire trop, sans tomber sur le « moi! moi! moi! » est la ligne blanche à ne pas franchir.
    Tu parles beaucoup de Julian Barnes. Tu le connais. Tu sais donc que toute son oeuvre est un roman autobiographique.

    • Merci beaucoup Pierre que je ne connais pas (?).
      Beaucoup de commentaires auxquels je veux répondre. Mais plus tard. Je vais d’abord aller voir Ryan Gosling.

    • Justement je vais commencer la lecture du dernier Barnes: Levels of Life la semaine prochaine. Plus personnel que ce livre, tu meurs.
      C’est vrai que Barnes dit qu’il ne peut écrire que si ses histoires sont rattachées a des êtres qu’il connait. Hum… J’ai ma réponse hein? J’admire ceux qui peuvent le faire. A part PPDA et Angot :-)

      • Nathalie says:

        PPDA n’écrit pas sur sa vie, il la déballe ou plutot quelqu’un le fait pour lui. Angot est spéciale.

  7. Audrey says:

    Moi j’ai eu un article sur moi. En fait c’était pas vraiment sur moi mais c’était mon prénom. Je me contenterai de ce titre de gloire :-)
    Je pense que tu peux écrire autant que tu veux sur toi mais sur les autres c’est difficile. Comme tu dis, tu peux être injuste et blesser inutilement quelqu’un que tu aimes. Est ce que ça en vaut la peine?
    Ou alors il faudrait que tout ce que tu connais personnellement et qui lisent ton blog arrêtent de te lire.

    • Le coeur du problème, n’est-il-pas?
      C’est intéressant de lire différents avis.

  8. Lorsque j’écris, c’est presque toujours à la première personne et souvent je m’inspire de personnes que j’ai croisé en m’imaginant elles, en me projetant à travers et le rendu est souvent sensible, sensuel, parfois à côté de la plaque, sans doute parce que comme tout un chacun j’y intègre aussi mon vécu et ma propre sensibilité. Cette idée reste malgré tout intéressante comme base de départ à la création d’un personnage de fiction inspiré du réel.
    C’est une pratique fréquente dans les milieux créatifs et c’est assez souvent que je me suis fait la réflexion devant un film, un jeu vidéo, dans un livre que le personnage me rappelant quelqu’un qui a existé.
    C’est plus dangereux lorsque c’est dans notre entourage proche car on ne sait pas comment la personne, si elle se reconnait, va recevoir le récit…

    Exercice périlleux mais somme toute riche en expérience…

    • Tu es une « femme » dans tes textes! Et c’est SF donc tu as toute la liberté que tu veux :-)
      Je crois que à part le texte déjà posté, je vais éviter d’écrire sur le reste de ma famille et sur mes amis pour le moment…

      • Audrey says:

        Quel texte? J’ai parfois l’impression que certains textes sont toi. Lequel est sur ta famille si ce n’est pas trop indiscret?

  9. Fred says:

    Ecris sur ce que tu veux; il n’y a rien de pire que de se censurer. Oublie la pudeur parce que ça ne doit pas exister dans l’écriture.

  10. Nathalie says:

    Je ne suis pas d’accord avec tous les commentaires. Si des gens qui t’aiment te lisent ne parle pas d’eux. A moins d’avoir leur accord.
    RDV avec Ryan Gosling? Quel film?

    • J’en viens à cette conclusion. Et j’attends qu’ils meurent tous pour faire une saga familiale (humour!)

      Re Ryan Gosling: The place beyond the pines. Tu veux la version courte ou la version longue?

      • Nathalie says:

        version courte maintenant et version longue plus tard?

        • Nathalie says:

          Fred est allé le voir cet après midi. Il me dit que malgré quelques longueurs c’est un super film. J’espère que tu en feras une critique un peu plus intéressante :-)

          • Ryan Gosling/The place beyond the pines: hubba-hubba! Voici pour la version courte. Je ne ferai pas de version longue. Le film est excellent. C’est un tryptique magnifique mais c’est difficile d’en parler sans trop dévoiler.

          • Nathalie says:

            Je suis déçue, tu aimes les challenges pourtant!

          • Fred says:

            Le film est épique! J’ai beaucoup aimé mais tu as raison c’est difficile de le résumer sans gâcher des surprises. Je m’attendais assez à la fin ce qui n’est pas gênant parce que tous les acteurs sont excellents.

  11. LO says:

    Ecrire sur l’autre à la première personne est, me semble-t-il, forcément une fiction ou l’expression de ta projection de ce qu’il est, de ce qu’il pense ou ressent à partir de ta propre perception. Heu, compliqué là non? :)

  12. Anon says:

    Julien Green s’était autocensuré dans la plupart de ses écrits. Trop de gens encore vivants. Selon son vœu, l’original du Journal ne sera accessible qu’en 2048. En attendant, ils sont sous scellés.
    Cet exemple pour dire que parler de soi c’est aussi parler des autres, parler de soi c’est aussi révéler des choses que personne ne sait. Est-ce bien utile? Est-ce bien raisonnable? La pudeur est une qualité dans la littérature aussi.

    • oui mais il s’est auto censuré par ce qu’il était sans doute homosexuel et ne pouvait pas parler de ce pan de sa vie.
      par contre je suis d’accord sur la pudeur, c’est une qualité en effet.

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