Guillaume

Je l’ai épousée parce que je croyais que c’était ce que je voulais. Je voulais lui prouver que je l’aimais. Quand j’étais adolescent la division de l’amour et du sexe était tout à fait logique. Pour moi, le sexe était fondamentalement faible. C’était la cupidité, le désir de posséder. C’était la victoire des apparences,  des jambes longues, des petits seins et des yeux noirs. En fait, j’ai toujours vaguement méprisé le sexe.

L’amour, quant à lui, était tout pour moi. Si le sexe était de prendre, l’amour était de donner. Alors que le sexe était possessif et transformait une personne en un corps-objet, l’amour était généreux. L’amour c’était dire: « je te fais confiance, et je te donne mon âme. Je veux connaitre tout de toi, apprendre de toi et je veux que tu connaisses et apprennes tout de moi ».

Bien sûr, je n’avais jamais lu Freud. Je n’avais aucune connaissance de la primauté de la relation génitale et comment, si vous obtenez ce droit, tout le reste suit. Mes influences étaient Platon et Aristote, qui, j’ai été ravi de le lire, avaient une toute aussi faible opinion du sexe que moi. Pour Platon, le sexe était assis au bas de l’échelle, alors que la vérité était tout en haut. Aristote était encore plus dédaigneux. Les êtres humains partageaient le même désir sexuel que les animaux. Le sexe était uniquement une question de biologie et équivalait à un désir pour la nourriture. Beaucoup plus intéressant, selon Aristote, est le fait que les êtres humains étaient intelligents et créatifs.

Alors, quand j’ai rencontré ma femme, j’ai été ravi de découvrir que sa pensée reflétait étrangement la mienne.  Quand je faisais valoir que l’expression « faire l’amour » dans son sens moderne était un mensonge – en ce qu’il était impossible de vivre l’amour et le désir simultanément – tout le monde me regardait avec pitié. Les attentes d’un couple étaient trop élevées. Ils tombaient amoureux et voulaient que la lune de miel dure toujours. Ils voulaient continuer à être dans le désir. Puis, quand cette période touchait à sa fin – et tôt ou tard la fin vient toujours – alors leur réponse était: « Je n’étais pas avec la bonne personne. C’était une erreur. On n’avait pas la même définition de l’amour ». Et ils divorçaient.

Epouser une femme qui semblait vivre et ressentir ma philosophie de l’amour et du sexe fut un soulagement. Nous savions que le désir ne durerait pas, qu’il ne pouvait pas durer, que nous voudrions aller vers d’autres corps. Une des raisons pour laquelle les gens s’opposent à l’infidélité est qu’ils y voient une trahison de la confiance. Mais la confiance n’est pas un absolu. Il faut un contexte. Pour nos voeux de mariage, j’avais écrit : « J’espère que tu m’aimes, que tu te confies à moi, que tu n’as pas de secrets pour moi, et je n’en aurai aucun pour toi. »

J’ai aimé ma femme. Elle était jolie, intelligente et cultivée. Quand elle n’était pas à l’étranger, elle travaillait à la maison. J’aimais être avec elle.  Un ami poète, avait l’habitude de dire à propos de notre mariage « qu’il avait de la grammaire »… Je ne sais pas ce que cela signifiait vraiment mais j’aimais cette expression. Ma femme était ma vie mais elle n’était plus ma seule amante, j’avais pour les autres le désir que je n’éprouvais plus pour elle. Et puis j’aimais le jeu de la séduction, les regards, les réflexions, les moments partagés avec les autres femmes. Mon travail de professeur facilitait les choses; il y avait toujours une étudiante qui voulait une aventure avec le prof. C’était facile, léger et sans conséquence.

Puis, ma femme m’a quitté pour un autre.

Elle s’est remariée. Elle est heureuse. Elle m’a dit qu’elle pensait toujours comme moi que l’âme était au-dessus du corps, que le désir était passager et provisoire. Mais cette fois elle avait décidé de rester fidèle. Parce qu’elle comprenait maintenant que la disparition du désir n’était pas si grave. Parce qu’il y avait dans leur couple plus qu’une histoire de peau. Parce que cette fois-ci elle avait aimé leurs voeux de mariage:  Avec cet anneau, je t’épouse; avec mon corps, je t’honore…  Ils ne froisseraient peut-être plus les draps aussi fréquemment mais ils étaient devenu une seule chair,  son corps était celui de son mari et le corps de son mari était le sien.