Les brigailles et un livre

J’ai pas mal écrit ces derniers mois. Et j’ai pu apprendre à travers l’écriture et la revisitation de ces miettes de vie, comment ces histoires, une fois embarquées en moi, deviennent réellement qui je suis. Je sais qu’un jour, à la fin de ma vie, quand je serai très vieille, mes histoires deviendront confuses et j’oublierai peut-être où et qui je suis.

Ou, parce que mon cerveau me trahira, je repasserai mes souvenirs en boucle, réduite à faire la même chose encore et encore, parce que ma personnalité continuera à réagir de la même manière aux mêmes stimuli d’avant la maladie.

Je suis fascinée par les histoires, et l’idée que nous sommes tous des histoires. Nous sommes potentiellement un recueil d’observations, réflexions et expériences. Et cependant, pour l’extérieur, dans le monde, nous ne racontons pas ce qui est important et beaucoup de ces histoires ne seront jamais racontées. Ce que nous choisissons de dire en public est filtré, a souvent une « punchline » ou un point à marquer.

Si notre vie est un roman, ce qui devrait importer sont ces moments qui nous définissent, qui nous racontent et nous expliquent. Ces chapitres voire seulement ces paragraphes qui font ce que nous sommes. Pas ces moments cinématographiques.

Je crois que j’aimerais ne plus être définie par les moments tragiques ou spectaculaires de ma vie mais par les détails d’un moment, une simple description, une jolie ou une petite phrase avant la fin d’un chapitre et par quelques points de suspension. Ce sont les brigailles qui racontent une vie.

*brigailles (patois béarnais) : miettes, bribes

un livre : Le cerveau de mon père par Jonathan Franzen.