Réflexion légère sur le travail et des livres

Il aura suffi d’un travail prenant et fatiguant pour que ma vie sociale, culturelle et « bloguiste » en subisse les effets.

Et pourtant ce n’est pas faute d’être contre le système et les soi-disant valeurs du travail qui poussent à la production et nient le reste, souvent le plus important.

Rien ne me semble plus vrai que cette phrase de Marx :

En quoi consiste l’aliénation du travail? D’abord dans le fait que le travail est extérieur à l’ouvrier, c’est-à-dire qu’il n’appartient pas à son essence, que donc, dans son travail, celui-ci ne s’affirme pas mais se nie, ne se sent pas à l’aise, mais malheureux, ne déploie pas une libre activité physique et intellectuelle, mais mortifie son corps et ruine son esprit.

À moins que vous ne lui préfériez William Faulkner :

Je ne désire pas assez l’argent pour travailler afin d’en avoir. A mon sens, c’est dommage qu’il y ait autant de travail dans le monde. Une des choses les plus tristes, c’est que la seule chose qu’un homme puisse faire huit heures par jour, jour après jour, c’est travailler. On ne peut pas manger huit heures par jour ni boire huit heures par jour, ni faire l’amour huit heures par jour – tout ce que vous pouvez faire pendant huit heures, c’est travailler. Ce qui est la raison pour laquelle l’homme se rend et rend tout le monde misérable et malheureux.

Donc voilà, je travaille beaucoup en ce moment et je regrette de négliger l’écriture sur mon blog et la lecture des autres blogs. Alors en attendant des jours meilleurs j’ai pensé à des livres sur le thème du travail.

Et encore plus du travail dans ces endroits où les enjeux se nichent dans les détails, les ambitions se jouent auprès de la machine à café, dans les bruits de couloirs et la pression hiérarchique couverte par une loi qui ne protège pas toujours le plus faible…

Les Trois Soeurs d’Anton Tchekhov

Les trois sœurs laissées sans protection par la mort de leur père rêvent de Moscou, et parlent de travail.

Le premier acte s’ouvre avec Olga, vêtue de l’uniforme bleu des professeurs de lycée de jeunes filles, qui ne cesse de corriger des cahiers d’élèves, debout, ou en marchant. Macha, en noir, est assise, et lit, son chapeau sur les genoux, Irina en robe blanche, est debout ; elle rêve.

Je sais tout. Tout homme doit travailler, peiner, à la sueur de son front, là est le sens et le but unique de sa vie, son bonheur, sa joie. Heureux l’ouvrier qui se lève à l’aube et va casser des cailloux sur la route, ou le berger, ou l’instituteur qui fait la classe aux enfants ou le mécanicien qui travaille au chemin de fer… J’ai envie de travailler comme on a envie de boire, quand il fait très chaud.

Et la pièce se termine avec une Irina usée et résignée :

Un temps viendra où l’on comprendra tout cela, pourquoi ces souffrances, il n’y aura plus de mystère : mais en attendant, il faut vivre… il faut travailler, travailler…

À cent lieues de Kensington de Muriel Spark

Nancy Hawkins est la rédactrice en chef à Ullswater Press en 1954. L’horloge du bureau est «peu fiable», les auteurs appellent pour se se plaindre de ne pas être payés, les sandwiches sont mangés au bureau, Ivy la dactylo n’arrête jamais, les manuscrits s’accumulent sur le bureau de Mme Hawkins bureau et le sherry est consommé à 17h30 tapante.  Inutile de dire que la vie bourdonne dans cette maison…

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Barbara Garson

L’américaine Barbara Garson n’est pas très connue ici en France. Elle n’est même pas traduite en français, ce qui est dommage tant ses écrits et documentaires sur les américains et le travail sont passionnants. Elle passe du temps avec les travailleurs de la routine, ceux qui font le même travail chaque jour et qui subissent. Et il y a de la poésie parfois de l’absurde dans ce qu’elle récolte.

Dans les années 70, Garson a rencontré et passé du temps avec ouvriers des usines à travers les États-Unis qui chargeaient et déchargeaient toute la journée des raquettes deping-pong, des conserves de thon et des tubes de rouge à lèvres.

Garson demande à une des jeunes femmes si elle discute avec ses collègues dans la journée.
“Pas vraiment”
“Que fais-tu toute la journée ?”
“Je rêve éveillée”
“Et tu rêves de quoi ?”
“De sexe”
“Je suppose que c’est à cause de moi » dit fièrement son petit ami qui est à ses cotés
“Non, ce n’est pas toi, c’est le thon”

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Bartleby le Scribe de Herman Melville

Je pense avoir déjà en avoir parlé.
Melville met en scène un avoué de Wall Street et ses deux collaborateurs. Et Bartleby, un copiste consciencieux et hiératique. Un jour, ce dernier est appelé par l’avoué pour collationner un document et là, c’est la stupeur ; le scribe répond à la surprise générale : « I would prefer not to », c’est-à-dire littéralement, « je préférerais ne pas le faire ».

À partir de ce moment, cette phrase sera la réponse de Bartleby à toute demande ou suggestion. Il abandonne progressivement et comme inexorablement toute activité, y compris celle de copiste pour laquelle il a été engagé.

C’est une nouvelle fascinante qui parle de la résistance passive et de la part mystérieuse de l’humain. C’est à lire si ce n’est déjà fait !

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La cloche de détresse de Sylvia Plath

Certes, la deuxième partie de ce roman très autobiographique se passe dans la clinique privée duDr Gordon mais la première partie est dans un magazine new-yorkais.

Je ne savais pas non plus la sténo.
Cela signifiait que je ne pourrais pas trouver un bon boulot après le collège. Ma mère me répétait sans cesse que personne ne voulait d’une licenciée en lettres tout court. Par contre, une licenciée en lettres connaissant la sténo, ça c’était autre chose. On se la disputerait. On se l’arracherait parmi les jeunes cadres en flèches, et elle prendrait en sténo lettre passionnante après lettre passionnante.

Le problème était que j’avais horreur de servir les hommes en aucune façon. Je voulais dicter moi-même mes lettres passionnantes. En plus de ça, les petits signes de sténo que j’avais vu dans le livre de ma mère me semblaient aussi déprimants que de remplacer temps par « t » ou distance totale par « s ».

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