Un thé et une leçon de physique

une suite

Quand il avait texté la date et l’endroit de leur prochain rendez-vous – au lieu de téléphoner – elle avait compris que c’était la fin. Elle savait qu’il l’aimait bien, qu’il passait des moments agréables avec elle mais qu’il n’était pas amoureux. Elle n’était pas amoureuse non plus. Mais elle s’en fichait. Elle voulait simplement vivre au jour le jour, prendre ce qu’il y avait de bon dans cette relation sans penser au futur. Elle avait besoin de ça, uniquement de ça. Elle ne voulait pas des prises de tête, des discussions maladroites sur la direction à prendre. Elle ne voulait pas d’une histoire amoureuse comme d’une voiture. Pas d’itinéraire, pas de vitesse supérieure à passer, pas de « on va trop vite », etc. Elle voulait simplement une balade, au gré du temps et des parcours. Sa métaphore moyenne la fait sourire.

Elle sait que s’il ne rompt pas, elle le fera sans doute. Parce qu’elle a beau vouloir tomber amoureuse, elle a beau avoir envie d’aimer, elle sait aussi qu’elle ne veut pas des complications qui vont avec.

Lui ou un autre, peu importe. Elle ne veut plus de ces amours là. De ceux qui apportent les doutes, le manque de confiance, ou la jalousie qui peut la saisir par surprise. Elle ne veut pas de l’attente ou des compromis. De ces amours qui entraînent aussi des devoirs; faire connaissance avec ses amis, sa famille, essayer de trouver sa place, accepter la comparaison, faire bonne figure.

Elle se regarde dans la glace, un peu de maquillage, elle se trouve jolie aujourd’hui. Elle a décidé que ce rendez vous avec lui serait le dernier. Dans ce café près des halles, autour de cette table bancale, elle va l’écouter, elle va sourire, elle va acquiescer parce que quoiqu’il dise elle n’a pas envie de le mettre face à ses contradictions, ses faiblesses et ses erreurs. Elle a compris son mode de fonctionnement, ses emballements, ses doutes et ses peurs. Elle sait aussi qu’elle n’en veut pas. Elle a passé trois mois agréables, c’est largement suffisant. Il va rompre et c’est très bien comme ça. Quand deux objets compacts agissent l’un sur l’autre, ils accélèrent dans des directions opposées, et le rapport de leurs accélérations est toujours identique.