Quelques romans de Ian McEwan
J’ai revu récemment le film Reviens-moi (Expiation), réalisé par Joe Wright (avec James McAvoy, Keira Knightley et Saoirse Ronan) et tiré du roman de Ian McEwan. Je me suis alors dit que James McAvoy avait décidément de très beaux yeux et que Ian McEwan avait décidément une sacré bibliographie. Par ailleurs plusieurs de ses romans ont été adaptés au cinéma.
Alors pourquoi ne pas faire une liste – ça faisait longtemps – de quelques uns de ses romans. De pourquoi je les aimés. De pourquoi il faut les lire.
Délire d’amour
La vie tranquille de Joe Rose, faite de bonheur conjugal et de certitudes scientifiques, bascule le jour où il est impliqué dans un accident mortel. Parce qu’il se sent coupable, mais surtout parce qu’il fait ainsi la connaissance d’un jeune homme, Jed, qui lui voue sur-le-champ un amour aussi total qu’inexplicable, aussi chaste que dévorant. Car Jed, qui veut guérir Joe de son athéisme, est convaincu que leur rencontre a été voulue par Dieu, et que cet amour est forcément réciproque. Débute alors un harcèlement terrifiant, qui bouleverse l’existence de Joe et le confronte à ses propres démons…
Parce qu’on ne se remet pas du choc de la première scène. L’accident de montgolfière dès le début a cimenté la réputation de Ian McEwan comme un maître de la scène d’ouverture. Parce que c’est un livre qui traite d’un amour sans retour, de l’érotomanie (de son autre nom syndrome de Clérambault) et de plein de choses cruelles et obsessionnelles. Parce qu’il sait disséquer un moment, celui où tout bascule…
Expiation/Reviens-moi
Sous la canicule qui frappe l’Angleterre en ce mois d’août 1935, la jeune Briony a trouvé sa vocation : elle sera romancière. Du haut de ses 13 ans, elle voit dans le roman un moyen de déchiffrer le monde. Mais lorsqu’elle surprend sa grande sœur Cecilia avec Robbie, fils de domestique, sa réaction naïve aux désirs des adultes va provoquer une tragédie. Trois vies basculent et divergent pour se retrouver quelques années après pendant la guerre.
Parce que c’est un roman d’amour, un récit de la retraite britannique de Dunkerque en 1940 et une métafiction qui a donné envie à certains lecteurs de commencer le roman depuis le début et à d’autres de le brûler. Parce que c’est McEwan au sommet de son art. Parce que tous ses thèmes favoris sont là : la perte de l’innocence, la moralité, la possibilité de l’absolution et le fonctionnement de la fiction elle-même.
Son vieil ami Martin Amis a décrit les 200 premières pages de Expiation/Reviens-moi comme la plus grande réussite de Ian McEwan. John Updike l’a qualifié de « panorama fictionnel magnifique et majestueux ». Le magazine américain Time l’a nommé « meilleur roman de l’année » et l’a inclus dans sa liste des « 100 meilleurs romans de tous les temps.
« La tranquillité s’achète au prix de la neutralité et de l’obscurité. »
Amsterdam
Dans le froid glacial d’un hiver londonien, deux vieux amis discutent : Clive Linley, musicien de renom, et Vernon Halliday, patron d’un puissant quotidien anglais. À leur côté, achève de se consumer le corps de leur ancienne maîtresse, la flamboyante Molly Lane, critique gastronomique et photographe.
Tous deux expriment la même antipathie à l’égard d’un autre ancien amant de Molly: Julian Garmony, ministre des Affaires étrangères, aux idées xénophobes et répressives.
Parce que c’est une satire acerbe des années 90 (17 ans que les Conservateurs sont au pouvoir en Angleterre). Parce qu’il pétille comme le champagne qui fait partie du pacte d’euthanasie décidé par les deux hommes dans une intrigue, que même l’auteur a admis être « plutôt improbable ». La critique du New York Times, Michiko Kakutani, avait raison lorsqu’elle a conclu que c’était un témoignage du talent de l’auteur qu’il ait réussi « à lancer un divertissement mineur avec une telle autorité et un tel aplomb » pour remporter le Booker Prize qu’il méritait depuis si longtemps.
Sur la plage de Chesil
Le soir de leur mariage, Edward Mayhew et Florence Ponting se retrouvent enfin seuls dans la vieille auberge du Dorset où ils sont venus passer leur lune de miel. Mais en 1962, dans l’Angleterre d’avant la révolution sexuelle, on ne se débarrasse pas si facilement de ses inhibitions et du poids du passé.
« Ils étaient jeunes, instruits, tous les deux vierges avant leur nuit de noces, et ils vivaient en des temps où parler de ses problèmes sexuels était manifestement impossible. Mais ce n’est jamais facile. »
C’est ainsi que commence ce roman. Et ça ne se passe pas bien. Chacun interprète mal les gestes de l’autre, d’une manière qui serait comique si elle n’était pas si triste. L’écrivain dissèque ce mariage naissant avec une quasi médico-légale. En fin psychologue, Ian McEwann il décrit les sentiments humains : l’amour, les non-dits, les faux-semblants, le respect mutuel.
Samedi
Pour Henry Perowne – neurochirurgien réputé, mari heureux, père comblé d’un musicien de blues et d’une poétesse – ce devait être un samedi comme les autres. Pas question d’aller défiler contre la guerre en Irak. Plutôt goûter les plaisirs de la vie. Et pourtant… Un banal accrochage, et voilà la violence qui surgit dans son existence protégée.
Parce qu’encore une fois, le début du roman est magistral. Parce que c’est une journée dérangeante pour le lecteur. Parce qu’on rentre dans un engrenage. Parce que c’est toute la fragilité, l’égoïsme et la lâcheté de notre modèle individualiste et consumériste occidental qui nous saute au visage.
« Chaque opinion est comme un coup de dés ; par définition, aucun des individus rassemblés autour de la station Warren Street n’a été torturé par ce régime, aucun n’a de proche à qui c’est arrivé, et ils ne connaissent en outre pas grand-chose à l’Irak. Selon toute vraisemblance, la plupart d’entre eux se sont à peine émus des massacres dans le Kurdistan irakien ou dans le Sud chiite, mais les voilà qui se mobilisent pour protéger la vie des habitants de l’Irak. »
Les chiens noirs
Jeremy, orphelin très tôt, a été contraint d’adopter les parents des autres. Après une jeunesse vagabonde et perturbée, il épouse Jenny Tremaine et leur relation est, selon toute apparence, très harmonieuse. Mais en fait Jeremy est fasciné par June, sa belle-mère, une femme vieillissante, qui cherche la vérité dans la contemplation et le mysticisme : ces deux êtres marginaux s’attirent et se comprennent.
Se déroulant dans le contexte de la chute du mur de Berlin, le 5e roman de McEwan est considéré comme un « joyau négligé » par la critique. Il est aussi, semble-t-il, l’un des préférés de l’auteur. Les chiens noirs bavants éponymes sont peut-être des métaphores de la capacité de l’homme à faire le mal ; ils sont d’une réalité terrifiante.
« Ils franchissent la limite de l’ombre pour s’enfoncer là où le soleil n’entre jamais, et le brave maire pochard n’enverra pas ses hommes à leur poursuite, car les chiens franchissent la rivière au cœur de la nuit, et escaladent le versant d’en face avant de traverser le causse : et tandis que le sommeil la submerge, ils s’éloignent d’elle, taches noires dans la grisaille de l’aube, et s’effacent en pénétrant dans les contreforts des montagnes d’où ils reviendront nous hanter, quelque part en Europe, en un autre temps. »
Cette dernière phrase semble aujourd’hui d’une prophétie déprimante et terrifiante.
Dans une coque de noix
« À l’étroit dans le ventre de ma mère, alors qu’il ne reste plus que quelques semaines avant mon entrée dans le monde, je veille. J’entends tout. Un complot se trame contre mon père. Ma mère et son amant veulent se débarrasser de lui. La belle, si belle Trudy préfère à mon père, John, poète talentueux en mal de reconnaissance et qui pourtant l’aime à la folie, cet ignare de Claude. Et voilà que j’apprends que Claude n’est autre que mon oncle : le frère de mon père. Un crime passionnel doublé d’un fratricide qui me fera peut-être voir le jour en prison, orphelin pour toujours! Je dois les en empêcher. »
Le 14e roman de McEwan est une réécriture d’Hamlet racontée par un fœtus in utero. Mais ne vous laissez pas décourager. Réflexions sur la mortalité, l’urgence climatique et les neurosciences : le tout condensé en 200 pages. Parce qu’il offre une toute nouvelle perspective sur les nuances œdipiennes de l’original de Shakespeare. McEwan a un jour comparé les romans comiques à une forme de chatouillement. Le voici dans une forme chatouilleuse : drôle, étrange et terriblement sérieux.
« Tout le monde ne sait pas quel effet ça fait, d’avoir le pénis du rival de votre père à quelques centimètres de votre nez. Si tard dans la grossesse, ils devraient réfréner leurs élans par égard pour moi. La courtoisie, à défaut de discernement médical, l’exige. »
L’intérêt de l’enfant
À l’âge de cinquante-neuf ans, Fiona Maye est une brillante magistrate à la Haute Cour de Londres où elle exerce en tant que spécialiste du droit de la famille. Passionnée, parfois même hantée par son travail, elle en délaisse sa vie personnelle et son mari Jack. Surtout depuis cette nouvelle affaire : Adam Henry, un adolescent de dix-sept ans atteint de leucémie, risque la mort et les croyances religieuses de sa famille interdisent la transfusion sanguine qui pourrait le sauver.
Parce que quel que soit le sujet (inspiré ici d’une histoire vraie et d’une révision du Children Act) Ian McEwan a un regard extraordinairement lucide sur la société contemporaine. Parce qu’ici, comme à son habitude, dans ce roman intelligent, il explore à fond son sujet – la famille, le couple et la justice.
« L’intérêt d’un enfant, son bien-être, tenait au lien social. Aucun adolescent n’est une île. Elle croyait que ses responsabilités s’arrêtaient aux murs de la salle d’audience. Mais comment auraient-elles pu s’arrêter là ? Il était venu la retrouver, cherchant ce que tout le monde cherche, et que seuls les gens qui croient à la liberté de pensée, et non au surnaturel, peuvent donner. Du sens. »
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Les preuves de mon innocence



