Entre rêve et réalité

écrit par murielle

Lorsque j’étais étudiante, j’avais l’habitude de me réveiller avec la sensation d’être prête et préparée pour ma journée, sachant que j’avais lu toute la lecture nécessaire pour les cours de ce jour-là. C’était souvent dans le bus – parfois jusqu’à la troisième question en classe – que je venais à réaliser que j’avais rêvé la lecture, après m’être endormie dès les premières pages. Je n’avais pas la moindre idée de ce qui s’est réellement passé. Et je ne savais absolument pas de quoi on parlait en cours.

Lorsque je travaillais comme bibliothécaire, j’ai passé des nuits à faire l’heure du conte face aux enfants que j’allais voir le lendemain ou à cataloguer des livres. Rien n’est plus important qu’un livre bien classé et ce grâce à Dewey. Pourtant, je me réveillais pour trouver qu’il y avait encore des livres non traités.

Quand j’étais documentaliste juridique, je passais mon sommeil à la recherche de documents pour le procès en cours, avec LE texte qui allait tout changer. Les Halsbury’s Statutes Law of England n’avaient plus de secrets pour moi. Et je refaisais la même chose dans la journée avec l’impression tenace de déjà vu.

Cette dernière année, j’ai beaucoup travaillé à de nouveaux thèmes, des positions absolues, fixes ou relatives pour des pages, changé les tailles et les couleurs, ajouté des liens, vérifié et revérifié les sites web que j’avais fait dans mes rêves pour m’assurer qu’ils seraient parfaits live. Et les yeux larmoyants et le bras ankylosé, je pouvais voir que le travail avait été fait, plus ou moins bien.

Maintenant, j’ai de nouveaux travaux. J’ai accroché mon grand tableau en liège, l’ai couvert de petit papiers détaillant les idées qui me traversent l’esprit et les mots qui me plaisent. Je prends un de ces papiers et je m’assoie à mon bureau. Plusieurs heures après, je compose le meilleur texte possible pour l’article commandé. Je joue avec les mots, tourne les phrases, m’amuse avec les sonorités et les double-sens pour en faire des petits articles, si charmants et intelligents, que le matin je me permets d’éteindre le réveil et m’accorder quelques minutes de sommeil en plus. Je sais que j’ai des minutes de travail en moins quand je me lève.

Puis je me lève. J’essaie de mettre en page les bijoux littéraires qui ont nagé dans mon cerveau la nuit dernière, quand je voyageais entre le sommeil et le bouton du réveil. Et je comprends que mes créations relèvent du griffonnage, elles sont ok mais un peu trop évidentes. Et pas si charmantes. Et parfois seulement rêvées.

Encore plus agaçant – croyez-moi, c’est agaçant – ces textes n’ont aucune raison d’être. Pas même un tout petit peu. Non seulement je crée des choses qui ne sont pas aussi bien que mon état semi conscient me porte à croire, mais ces choses là sont pour des projets et des sujets non-existants. Parce que ces textes sont sur une série télé norvégienne (l’excellent Mammon) ou une histoire qui n’a rien à voir avec ce qu’on m’a demandé.

Je fais face à un dilemme. J’aime bien ma tête. Mais je voudrais juste que le cerveau qu’elle abrite ne soit pas aussi têtu et persévérant la plupart du temps. Surtout la nuit.

Comments: 4

  1. Mag says:

    Have you read « House of Sleep » by Coe? There’s something similar happening to the main character.

  2. Laurent says:

    Abraham!!! :-)
    Alors tu penses quoi maintenant que c’est terminé? Mammon est aussi bien que the killing mais sans les pulls. C’est marrant comme tu aimes les séries scandinaves.

  3. burntoast4460 says:

    J’ai aussi été documentaliste pendant 12 ans, successivement sur les pays en développement, l’aéronautique, le maritime et l’immobilier. Mes plus belles années.
    Je ne connais que des matheux pour trouver la solution d’un problème après avoir dormi. Pour nous littéraires, les textes qu’on a rêvé sont presque toujours décevants.

  4. Amaya says:

    Je me questionne : ne seraient-ce pas plutôt des idées auxquelles le cerveau s’est accoutumé , acoquiné, … qui seraient têtues ?

quelque chose à dire