Grandeur et décadence puis pauvreté

Written by murielle

Sisyphe poussant un rocherJe ne me souviens pas de mon premier vote à une élection. Il fut certainement joyeux, engagé et, me connaissant, certainement empreint d’une bonne conscience. Je faisais, je n’en doutais pas, un choix politique pour le bien universel. Mon côté bien de gauche contre la pauvreté…

Consciente très jeune des inégalités sociales, raciales et de genre qui font qu’un fils de blanc et riche aura beaucoup plus de chances dans sa vie qu’une fille magrébine de milieu très modeste. Et ça c’est la partie visible de l’iceberg. L’accès à l’éducation, moi fille d’instit, est le premier obstacle. L’accès au logement, moi qui ait vécu dans les appartements de fonction, un autre obstacle.. L’accès à la santé, l’accès à la culture et bien d’autres encore présentent aussi des obstacles.

Tout ce monde qui ne trouvent que des portes fermées, des fins de non recevoir, des non réponses à des lettres de candidatures, des dossiers refusés, des découverts non autorisés, etc.

Il fut un temps où le racisme était honteux. Bien sûr il y avait toujours le tonton qui n’aimait pas les « bougnoules » mais on lui disait de se taire aux repas du dimanche. On avait honte de ce tonton là. D’ailleurs, il n’était plus souvent invité aux repas. On savait aussi qu’un des gendarmes (le grand qui faisait toujours la gueule), il ne fallait pas trop le provoquer. Il avait l’amende facile pour les jeunes en scooter et l’insulte discrète mais bien présente.On savait que l’entrée en boîte était compliquée pour le groupe de jeunes aux têtes « pas très catholiques ».

Tag sur un mur : il y a toujours de la sueur de pauvre dans l'argent des richesMais il y a avait aussi l’assurance d’être du bon côté. De penser « touche pas à mon pote », des galères partagées. Parce que le véritable ennemi était la misère sociale et économique. La pauvreté.

Mais là maintenant, tout change. On le sait, on le voit on n’est pas dupe. On voit les gens se regrouper en communauté. La religion comme un étendard. La foi, la croyance, ne sont plus intimes et personnelles. Le bling bling est le seul symbole de réussite.

La réflexion, l’écoute du prochain, l’échange ne sont plus de mise. Tout va vite. Tout se dit sans réflexion.  Tout se « like » sans aucun recul. Les influenceurs, les personnalités sans éducation et sans pédagogie sont les nouveaux philosophes. Le paraître est roi. Le bling-bling comme seul symbole de réussite.

Les grands-parents ont subi, les parents sont perdus, les enfants exigent.

Et sans scrupule, sans honte et sans, le RN gagne. Il est là. Forts de l’ignorance de ceux qui votent, en dépit des preuves. D’abord les immigrés, responsables de tous les maux, puis les pauvres. Les aides sociales seront encore plus réduites. Les faibles encore plus abandonnés. Mais ça, ils ne le comprennent pas encore. L’extrême droite n’aime que les riches. Elle ne sert que les riches.

Je ne me souviens pas de mon premier vote. Mais le prochain, fin juin, sera tout aussi réfléchi, engagé. Il ne portera cependant aucune joie ni espoir.

La démocratie, ce n’est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité.

Albert Camus

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